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2007
Ségolène Royal à Villepinte
Meeting socialiste de la campagne présidentielle, discours de Ségolène Royal (le Pacte Présidentiel), 11 février 2007, Villepinte.
Nous arrivons en retard à Villepinte, on sort à peine du studio d’Europe 1, occasion de rencontrer aussi le journaliste de l’Express, Guillaume Grallet, qui a passé sept semaines dans Second Life pour y réaliser une bonne enquête, Pierre Louis Basse était satisfait de la tenue de l’émission.
Aux fins fonds du parc d’exposition se trouve le meeting socialiste. Dans le RER et dans les vastes bâtiments vides que l’on traverse à grands pas, on voit des bobos qui, comme nous, se demandent ce qu’ils font dans ce coin de la région parisienne. Une jeune femme qui pourrait être ma voisine dit “espérons que nous sommes nombreux”. Ségolène est en mission, les militants aussi, l’heure est grave.
Dans l’énorme hangar presque nu (rien à voir avec la mise en scène de l’UMP bien sur), les grands écrans sont au-dessus des militants, à l’horizon, on discerne la masse de caméras en ombres chinoises. Le pole des journalistes est dense. Il y a des tables lumineuses ou chacun travaille comme dans une fourmilière, on reconnaît même une équipe japonaise.
Je ne suis pas psy, mais voici quelques impressions. Par moments, Ségolène Royal est statique, lorsque la foule de militants l’acclame. Elle gomme toutes ses émotions ou presque, elle bouge à peine, on sent une chape de plomb, on devine un carcan intérieur pour une femme à laquelle on n’a jamais fait de cadeau, et qui a appris à “gommer”. Elle porte un poids, celui d’être la candidate du Parti socialiste, celui d’être la première femme à prétendre à ce poste. On voit aussi une maman, volontaire, courageuse, prêt à nous gronder (un peu trop sans doute), qui manifeste une rudesse. On devine qu’elle porte secrètement une revanche sur la vie. Elle ne s’adresse pas aux militants socialistes et à la tête du parti (pourtant aux premiers rangs, elle ne leur fait pas de signes, elle continue de suivre son axe). Elle veut parler à tous les Français et dans un élan de compassion, elle parle peu de la droite, son dialogue elle le veut entre elle et le pays, à l’image de son site desirsdavenir.org. Elle cite des anonymes et peu de noms connus. Lorsque la salle reprend en coeur “oui” ou “non”, on voit que son public l’aime, elle lui fait oublier les échecs de 2002.
Pendant la première partie du discours, elle est raide, la voix un peu cassante, mécanique. Puis soudain, lorsqu’elle parle en tant que mère, elle s’anime, change de gestuelle, on dirait qu’elle parle à sa propre mère, elle semble entre ouvrir la porte sur ses sentiments : toute la salle était suspendue à ces lèvres. Elle se veut rassurante et passionnée. Elle dit le discours de gauche idéale, et nous projette une France telle qu’on aimerait qu’elle soit, sur plusieurs aspects. Mais a-t-on les moyens de financer nos grandes aspirations sociales ? Est-ce que l’État doit avoir une place aussi centrale ? Avons-nous les moyens de donner des leçons aux autres? Elle cite plusieurs fois la Révolution française et l’esprit des Lumières et tient un discours clairement propalestien, un peu caricatural.
Lorsque Ségolène Royal lève les yeux de son discours écrit, elle est plus à l’aise, sourit un peu et semble plus naturelle. Elle apprend au fur à mesure, elle fait connaissance avec la foule, elle ose à peine les interrompre quand ils l’ovationnent. La course d’obstacles commence et la pression montera chaque jour, les candidats s’affirment.
Il est difficile de savoir qui est Ségolène Royal, femme forte et autoritaire ou la femme plus séduisante qui veut ragaillardir la France comme on parle à un vieux compagnon qui doute et qui a besoin d’être réconforté ? On se rend compte finalement à quel point, nous avons une vision masculine du pouvoir et que les femmes doivent apprendre et nous apprendre à concevoir la politique et les postes de responsabilité autrement. À côté de ça, je rencontre un certain nombre de personnes qui ne savent toujours pas pour qui elles vont voter. La France hésite et tarde à se décider. Tout se jouera sans doute à la dernière minute…












le Lundi 12 février 2007 à 20:10
Et un premier baron de la blosophère en faveur de Bayrou : http://www.ginisty.com/weblog/2007/02/pourquoi_je_vai.html
le Mardi 13 février 2007 à 0:34
merci pour vos commentaires toujours riches d’une autre vision que les images tv ou les extraits à la radio, en fait à chaque post que vous faites sur la campagne electorale, j’ai l’impression que vous nous emmenez avec vous en meeting ;o)
pour ce qui est des urnes, je sens aussi beaucoup d’indécision autour de nous, sauf chez les militants of course!
le Mardi 13 février 2007 à 2:18
Et comme toujours avec MV, vous témoignez avec beaucoup de délicatesse et d’humanité. Mille merci Sacha et Natacha
le Mardi 13 février 2007 à 8:00
Ces impressions prises sur le vif sont vraiment importantes pour un lecteur-électeur qui, comme moi, veut se faire une idée sur la personnalité des candidats. Le ressenti est très parlant, merci et bravo pour votre travail!
le Mardi 13 février 2007 à 8:06
Ces impressions prises sur le vif sont vraiment importantes pour un lecteur-électeur qui, comme moi, veut se faire une idée sur la personnalité des candidats. Le ressenti est très parlant, merci et bravo pour votre travail à tout les deux!
le Mercredi 14 février 2007 à 20:47
je crois que c’est le résumé le plus “vrai-juste-humain-subjectif” (rayez les mentions inutiles
que j’ai lu de ce meeting…
du grand Nat’
le Jeudi 15 février 2007 à 16:12
“une revanche sur la vie” ??? même si son enfance n’a pas été toute rose, elle est quand même énarque et deux fois ministre, non ? Enfin, je ne suis pas sûr que penser voir leur mère dans les meetings du PS va ramener beaucoup de monde devant les urnes en Avril…Alors qu’on pensait être débarrassé des générations gérontocrates Mitterrand-Chirac, voilà qu’on nous refait le coup de la mère des banlieues. Et pourquoi pas notre mère à tous pendant qu’on y est ? Maman, c’est à quel âge qu’on est grand dans ce pays ?
le Vendredi 16 février 2007 à 1:14
Je suis grande et pourtant je dis toujours “Maman” a ma mère…
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