04
2007
Blogueur, le fils du temps (blogueurs vs journalistes)

Depuis mai 2006, Sacha et moi sommes des blogueurs accrédités, par l’UMP, le PS et l’UDF/Modem, ainsi que pour certains rendez-vous politiques (Medef et autres). Blogueurs contre journalistes vieux débat, qui est relancé en ce moment, a été largement abordé chez nous.
L’accréditation des blogueurs s’inscrit aujourd’hui dans le paysage politique. Mais le MEDEF est allé plus loin que les précédentes invitations des partis politiques : nous étions nombreux (une bonne cinquantaine) et pouvions publier ce que nous voulions sur le blog collectif, et ce, sans contrôle préalable. Depuis mai 2006, Mémoire Vive participe de l’intérieur à cette expérience politique citoyenne, en étant accrédité régulièrement par tous les grands partis, notamment lors de la récente campagne présidentielle.
Pourquoi accepter une telle invitation faite par le MEDEF ? On peut se demander, a contrario, pourquoi la refuserait-on lorsque l’on est un blogueur qui s’intéresse à la société et à la politique. Ces invitations sont à chaque fois l’occasion d’apprendre, de découvrir des milieux, des environnements différents, de rencontrer les gens. En passant, le rapprochement d’avec l’accréditation presse semble gêner les journalistes.
En pratique, nous savons, en tant que blogueur, que notre audience n’existe que collectivement et que chacun de nous pèse moins qu’un petit magazine. Un blogueur est influent lorsqu’il est repris par la grande presse ou considéré comme un citoyen expert qui donne son avis. Notre force c’est la multiplicité des regards et l’addition de nos micro-audiences indépendantes. C’est aussi notre image, celle qui est utilisée par ceux qui nous invitent. Certains diront que nous y gagnons une reconnaissance individuelle — il serait idiot de le nier, qu’elle soit voulue ou non. Si l’on pousse plus loin, la reconnaissance de cette nouvelle forme d’expression, de ces “nouveaux médias” est autrement plus intéressante. Il faut dire aussi que tous, nous travaillons, avons parfois des entreprises, des familles, des vies bien remplies. Nous ne vivons pas de notre blog et la majorité ne gagne pas d’argent avec. On nous invite en échange d’une note que l’on rédigera gratuitement. En même temps, si chacun s’y rend, c’est bien pour apporter son point de vue et s’exprimer librement chez lui. Il y a une forme d’engagement de chacun dans son carnet, une passion peut-être.
Cette multitude de points de vue personnels est nouvelle. Comme si on mettait en regard une information assez homogène, une forme de pensée unique, et une expression libre, parfois provocante, amateur, spontanée, terriblement subjective. Les blogueurs sont aussi attachés à une forme de subversion, même light. Mais on peut se demander : que créons-nous avec cette liberté ?
Chaque blogueur s’adresse à une niche. Ce lectorat est attaché à son auteur, car sur la durée, une forme de proximité se noue, des liens affectifs se créent. Si quelqu’un que vous aimez bien vous recommande un film, un produit (marketing afffectif) ou une idée, vous serez plus sensible à son propos que si cela vient d’un inconnu. C’est pour cela que le blog est à mi-chemin entre la réalité et la fiction. Le blogueur n’est pas un journaliste, il est auteur, témoin, parfois expert compétent. Le journaliste se doit à la vérité, la véracité des faits, le blogueur comme un romancier n’a pas ces contingences. S’il ne blogue pas dans le cadre de son activité professionnelle, il peut jouer, qu’il en soit conscient ou non, se tromper, être irresponsable, injuste et drôle aussi. Le blogueur est l’un des symboles de notre époque. C’est un funambule suspendu entre le divertissement et l’information, rarement avec la culture. Nous sommes donc des cibles émettrices. La publicité, le marketing peuvent nous manipuler, pour toucher nos lecteurs. Ensorcelés par la flatterie (nous sommes des VIP !), on peut perdre son jugement, s’enivrer dans l’autocélébration, s’y croire en somme. Ce serait aller un peu vite que de jeter la pierre sur ce blogueur, il n’est que le produit de notre monde, le fils du temps qui se regarde lui-même, individualiste, un observateur qui pense de moins en moins.
Mais la technologie et les usages bougent vite. Le blogueur pourrait s’essouffler. Il n’est pas à l’abri de s’ennuyer d’être sa propre matière première. Pour raconter sa vie, il faut la vivre. Et les professionnels, à l’affût, chercheront tous les moyens pour comprendre ce Nouveau Monde, là où se trouve l’audience. Les réseaux sociaux montent en puissance, je pense notamment à FaceBook qui a explosé cet été (voir notre groupe). Nourrir son réseau ne nécessite pas de produire de l’information ou du contenu, il demande de produire de la relation, du contact. Le centre de gravité de tout cela paraît donc bien se déplacer du blogueur vers le “réseauteur“.

Espace politique dans la Galerie Mémoire Vive dans Second Life, déclinaison du blog en 3D. Ici des photos prises avc des téléphones, Ségolène Royal en conférence de presse, rue de Solférino. Portrait de Nicolas Sarkozy à son siège de campagne. Notre matériel mobile.
Reportage de Charlotte Cabaton, diffusé sur les antennes de France 24. Nous dans le feu de l’action lors d’une conférence de presse de Nicolas Sarkozy, le 2 avril 2007. A noter, le futur gouvernement, présent au premier rang, s’interroge à notre propos (véridique !).











le Mardi 4 septembre 2007 à 2:18
ÉNOOORME!!!!
Journaliste un jour, journaliste toujours. Bien écrit, vivant, drôle, caustique. J’adore le reportage et notamment le moment où tout le futur gouvernement s’interroge sur votre présence. Du vrai, du directe, la vie quoi…
le Mardi 4 septembre 2007 à 12:25
Bravo, superbe billet plein d’humour et de vérité. Blogueur vers reseauteur, très bonne image. Je lisais sur facebook hier soir « natacha is writting ». Je comprends mieux le sens ce matin.:-)
le Mardi 4 septembre 2007 à 17:04
Excellente invitation à réfléchir sur l’évolution du bloggage et du réseautage. J’aime bien ta formule “funambule suspendu entre le divertissement et l’information”. Ca montre aussi que certains blogueurs ne perdent pas leur sens critique parce qu’ils sont invités
le Mardi 4 septembre 2007 à 23:36
Je suis tout à fait d’accord avec Pascaline, Nanou. Et ce n’est pas parce que je suis ta mère que cela m’empêche de le dire, hein ! On peut être mère et objective, flute alors !
J’ai aussi des notes sur la blogosphère et un jour futur, sait-on jamais, on pourrait écrire à quatre mains, un feuilleton réjouissant… Car rire, cela fait du bien aussi bien au corps, qu’à l’âme. Continue Nanou, continue !
le Mercredi 5 septembre 2007 à 4:56
La France vue de loin est parfois incomprehensible si on ne lit que les journaux. Natacha et Sacha, et certains de vos compatriots blogueurs, vous apportez aux actualités une dimension plus personnelle et j’apprécie bien cette chance d’apprendre les impressions des français de notre génération.
le Jeudi 6 septembre 2007 à 8:08
Bravo Natacha et merci de cet excellent papier qui donne à voir les cartes, le dessous des cartes, l’envers des cartes … bref, une vision en 3D qui permet une plongée dans la blogosphère, la situation, et son à venir… . Travail de pro ! sérieux sans se prendre au sérieux …. Natacha, fer de lance d’un un journalisme nouveau !
@Marsha : dès fois même en étant sur place, cela reste peu compréhensible !!!
le Jeudi 13 septembre 2007 à 16:58
Juste pour alimenter la discussion.
Jean-Marie
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